Chiens et confinement…

Nous vivons tous un confinement sévère depuis la crise sanitaire et nos chiens aussi. Quel impact sur eux ? Pour ceux qui bénéficiaient de nombreuses sorties, le confinement les prive peut-être un peu du grand air et des odeurs des congénères (urines et autres marquages). Mais pour les chiens qui ont l’habitude de passer entre six et huit heures seuls (si tant est que cette habitude ne soit jamais prise), la vie soudaine aux côtés de leur maître ou de la famille complète est probablement une agréable surprise. Ne l’oublions pas, le chien est d’abord un animal grégaire.

A vrai dire et même si sur le net circulent de nombreux articles du type « comment occuper son chien pendant le confinement », le réel souci viendra de l’après confinement. Comment pensez-vous que votre chien réagira lorsqu’il se retrouvera seul une journée durant, idem le lendemain et le surlendemain ? On peut parier sur une crise d’anxiété et les comportements qui accompagnent : destruction, aboiements, déprime voire dépression, baisse d’appétit…

Vous avez tout le confinement pour y réfléchir et organiser cette sortie de crise en prévoyant par exemple une visite quotidienne ou une sortie par un ami, un voisin, un étudiant. Si vous pouvez rentrer chez vous à l’heure du repas c’est encore mieux. Il faudra de toute façon y réfléchir et éventuellement consulter un vétérinaire. Mais quand le comportement vient de l’environnement et de la cellule de vie, il faut agir sur les deux.

Le confinement est aussi l’occasion, non pas d’occuper à tout prix votre chien, mais de changer votre regard sur lui. L’heure est venue de devenir « éthologue ». Je vous l’accorde, l’éthologie ne s’apprend pas chez soi, du jour au lendemain. Néanmoins quelques éthologues célèbres ont tout de même commis des erreurs de raisonnement et d’approche. Ainsi Rudolph Schenkel, zoologiste allemand a étudié le comportement des loups… dans un zoo. Or, le comportement des loups en captivité n’est pas celui des loups en milieu naturel. Une meute de loups en liberté est avant tout une famille issue du couple Alpha. Dans un zoo, il s’agit de loups rassemblés et venant de différentes meutes. Pour finir, Schenkel a cru retrouver ses conclusions chez un groupe de chiens Husky. De là, découlera la fausse idée que le chien se comporte comme le loup.

Je vous livre ici les premières pages des travaux de Schenkel

Nous avons depuis étudié le comportement des chiens féraux (retournés à l’état sauvage ou presque). Ces chiens vivent en bande et en périphérie des villes ou villages. Les conclusions tirées de ces études nous éclairent sur le comportement de nos chiens mais est-ce vraiment la bonne voie ? Non, pas encore. La vérité est que ces chiens ne vivent ni en appartement, ni en maison, ni avec un chat et qu’ils n’ont pas une bonne gamelle chaque jour… Pour avancer plus avant dans l’étude du chien, il faut étudier le comportement du chien dans son environnement… C’est-à-dire chez vous !

Devenir éthologue

Problème : chaque chien est différent par sa race, son environnement et sa cellule de vie. Par exemple, certains chiens sont abandonnés en refuge parce qu’ils montrent un comportement dangereux ou simplement inacceptable. Mais une fois adopté par une autre famille, ce comportement disparaît. Magie ? Non, le comportement était dans ce cas, lié à l’environnement proposé par le maître.

Tout ceci pour conclure sur l’idée que finalement, vous n’êtes peut-être pas le ou la meilleure éthologue qui soit, mais vous êtes sans nul doute le ou la mieux placé(e) pour étudier et comprendre votre chien. Reste à adopter un comportement d’analyste et d’observateur objectif.

C’est l’activité que je vous propose pour meubler votre confinement. Notez, notez notez tout ce que vous pourrez. Faites des fiches. Ne tirez pas de conclusions pour le moment. Mais amusez-vous à vous prendre pour un scientifique.

Comment se déroule la journée de votre chien ? Heure du réveil, premiers gestes, étirements, bâillements…Notez tout.

Observez les interactions avec les membres de la cellule de vie. Qui le chien va-t-il chercher quand il a faim ? Quand on lui dit non, va-t-il voir une autre personne etc.

Si vous voulez comprendre les fondements de l’éthologie, lisez les livres de Boris Cyrulnik mais aussi de Konrad Lorenz.

Lorsque vous aurez suffisamment d’observations retranscrites, vous devrez faire preuve d’objectivité pour répondre à la question : pourquoi mon chien fait-il ceci ou cela ? Attention, les réponses toutes faites du type : il est dominant ou bien c’est son caractère ou autres ne sont pas admises. Cherchez ce qui chez vous (dans la cellule de vie) a pu mettre en place des comportements.

Lentement, si vous jouez le jeu, vous comprendrez que le comportement de votre chien est intimement lié au vôtre. Faites l’essai de changer certaines de vos habitudes et observez.

La relation que vous entretenez avec votre chien va s’enrichir plus que vous ne le croyez.

Bon confinement, bonne éthologie…