Chiens de conduite… Pour qui ?

Transformé en chien de famille, le chien de berger a la faveur des Français depuis de nombreuses années déjà, ce qui n’est pas sans causer certains problèmes. Si le Berger Allemand a été la star de l’après-guerre jusqu’aux années 70, le Border Collie et le Malinois semblent l’avoir détrôné aujourd’hui. Pourquoi un tel engouement ?

Retour sur l’apparition du chien :

Les preuves archéologiques font remonter la domestication du chien à 30 000 ans, mais les études génétiques la repoussent à près de 100 000 ans au moins. Mais les généticiens ont revu ces estimations (Savolainen et Vila, 2002, cités par Lignereux, 2004). En effet, l’utilisation de l’ADN mitochondrial donne des dates antérieures à celles déduites de l’ADN nucléaire.

(pour information : hérité des deux parents, l’ADN nucléaire subit une recombinaison génétique, (le mélange de l’ADN des parents) il est par conséquent altéré pendant la transmission des parents à leur progéniture. L’ADN mitochondrial n’est hérité que de la mère, il n’y a pas d’altération pendant la transmission, ce qui signifie que tout changement d’ADN provient de mutations).

Les premières traces du chien « vraiment » domestiqué datent du Néolithique : il s’agit du Chien des Tourbières ou Canis familiaris palustris. Ses ossements ont été retrouvés dans le Jura.

Mais d’où vient vraiment le chien de berger ?

Le berger tel que nous le connaissons n’est pas le chien de berger des débuts. La première mission qui lui a été confiée fut en effet de garder les troupeaux des prédateurs et des voleurs. Le premier chien de berger est donc au départ un chien robuste et imposant. On retrouve cette idée chez le Montagne des Pyrénées ou encore le Komodor de Hongrie.

A mesure que l’homme a éliminé les prédateurs sauvages (ours, loups…) ce type de chien n’a plus trouvé son utilité et a été remplacé par des chiens de conduite de troupeau, que nous appelons communément aujourd’hui chien de berger.

Longtemps, les bergers ont utilisé en parallèle un chien de conduite et un chien de troupeau.

Le chien de conduite serait apparu en Islande où les gros prédateurs n’existent pas. On en trouve des traces vers l’an 1200 et plus tard sur les Îles Feroe. La race des Shetland fait ensuite son apparition et au XVe siècle le berger gallois apparaît. Quelques siècles plus tard le chien de conduite se répand en Europe, vers le sud, l’est et même la Laponie.

La Belgique a été le premier pays d’Europe à se donner les structures nécessaires à la sélection des chiens au début du XXème siècle. Adolphe Reul en est le principal artisan.

Je vous invite à lire ici l’histoire du berger belge par Jean-Marie Vanbutsele (document d’époque):

Durant les deux grandes guerres mondiales, le chien de berger a rempli des missions diverses et variées : chien de pistage, de déminage, d’assaut, chien éclaireur ou de guet…

Aujourd’hui, le Berger Allemand et le Berger Belge (particulièrement le Malinois) sont les plus utilisés par les forces armées.

Les particuliers se tournent aujourd’hui vers ce même type de chiens aptes à défendre et dotés d’une intelligence rare. Les Border-Collies et les Bergers Australiens sont également très en vogue pour leur vivacité d’esprit. Tous ces chiens sont issus de lignées de travail (même si aujourd’hui des lignées de famille ont vu le jour pour satisfaire la clientèle). Il n’empêche que ces chiens extrêmement sensibles produisent vite des comportements indésirables si leur intelligence, leur esprit d’analyse et leur sens de l’autonomie et de la décision ne sont pas utilisés. L’agility est probablement une excellente manière d’amener le chien à se dépenser. Mais il ne faut en aucun cas perdre de vue, que ces bergers ont besoin de comprendre la tâche qui leur est confiée et qu’ils prennent un réel plaisir à accomplir un travail complexe. Les chiens de conduite ont la particularité de pouvoir écouter (pas entendre) la voix du maître tout en gardant un œil sur le troupeau. Certains prennent des décisions cruciales en l’absence du berger et dans l’intérêt du troupeau.

Pour le plaisir on lira l’histoire de « Chaser », ce Border Collie capable de retenir plus de mille mots mais aussi de distinguer des verbes tels que : touche (avec la patte), rapporte ou touche avec le nez.

L’œil vif d’un chien de berger flatte l’intelligence de l’homme, mais nombre de ces chiens se retrouvent en refuge vers l’âge de deux ans, parce qu’ils deviennent intenables faute d’avoir été suffisamment employés pour leurs énormes capacités.

Si l’un de ces chiens vous tente vraiment, assurez-vous qu’il n’est pas issu d’une lignée de travail mais plutôt d’une lignée de famille. Surtout, réfléchissez au capital temps que vous pourrez lui consacrer. Je ne parle pas de temps à passer avec lui en regardant Netflix, mais de temps consacré à le faire travailler.

Enfin, retenez, que ces chiens, s’ils ont besoin d’activités physiques, ont tout aussi besoin d’activités cérébrales. Inventez-leur des jeux de réflexions, des jeux de type casse-tête, des jeux de surface, de pistage, de recherche d’aliments puis d’objets (vos clés, vos papiers, etc.)

S’il est nécessaire de se poser de réelles questions avant d’adopter un chien, il l’est encore plus quand il s’agit d’un chien de berger.

Êtes-vous fait pour ce type de chien ? Connais-toi toi-même… et tu connaîtras le chien qui te va !

Lire l’article : la Malinois un chien pour vous ?

crédit photo Jacqueline Macou Pixabay